
Oreilles bouchées à la descente : comprendre la pression et la compenser
Équilibrer ses oreilles en plongée consiste à envoyer de l'air dans l'oreille moyenne par la trompe d'Eustache pour compenser la pression de l'eau, qui augmente d'un bar tous les 10 mètres. La manœuvre se fait dès la surface, puis tous les mètres de descente, avant toute douleur.
Compenser dès la surface, puis à chaque mètre
- Compenser tôt et souvent : dès la surface, puis à chaque mètre sur les 10 premiers mètres, là où la variation de pression est la plus forte.
- La manœuvre de Valsalva est la plus connue, la manœuvre de Frenzel la plus douce ; les deux s'apprennent à terre.
- Une douleur qui ne cède pas impose de remonter d'un mètre ou deux, jamais de forcer : le risque est le barotraumatisme de l'oreille.
Pourquoi les oreilles se bouchent-elles à la descente ?
L'oreille se divise en trois parties : l'oreille externe, avec le conduit auditif ; l'oreille moyenne, une petite cavité remplie d'air derrière le tympan ; et l'oreille interne, qui porte l'audition et l'équilibre. Entre l'oreille externe et l'oreille moyenne, le tympan est une membrane fine qui sépare l'eau du conduit auditif de l'air contenu dans l'oreille moyenne.
Pendant la descente, la pression de l'eau augmente : elle passe de 1 bar en surface à 2 bars à 10 mètres, puis 3 bars à 20 mètres. Selon la loi de Boyle, le volume d'un gaz diminue quand la pression augmente, à température constante. L'eau comprime l'air contenu dans l'oreille moyenne, le tympan se creuse vers l'intérieur, et le plongeur ressent d'abord une gêne, puis une douleur.
La seule voie d'accès vers cette cavité est la trompe d'Eustache, un conduit qui relie l'oreille moyenne à l'arrière du nez. Au repos, la trompe reste close. Équilibrer ses oreilles, c'est l'ouvrir de façon active pour faire entrer de l'air et rétablir une pression égale de chaque côté du tympan. Une trompe qui fonctionne mal fait d'ailleurs partie des points vérifiés avant d'autoriser quelqu'un à plonger, au même titre que les situations qui rendent la plongée sous-marine déconseillée. C'est aussi pour cela qu'on parle de compensation ou d'égalisation : le terme change selon les écoles, le geste est le même.
Un phénomène surprend souvent les débutants : la variation de pression est proportionnellement la plus forte près de la surface. Entre 0 et 10 m, le volume gazeux est divisé par deux ; entre 30 et 40 m, il ne perd qu'un cinquième. La zone proche de la surface est donc la fenêtre où l'égalisation doit être la plus fréquente, et ce phénomène explique que la plupart des problèmes y apparaissent.
Quelles sont les techniques d'équilibrage ?
Il existe plusieurs techniques, et chaque plongeur finit par trouver celle qui lui convient. Toutes ont un but commun : ouvrir la trompe d'Eustache au bon moment.
La manœuvre de Valsalva
La manœuvre de Valsalva porte le nom d'Antonio Maria Valsalva, anatomiste italien du XVIIe siècle qui a décrit l'oreille humaine. Sa mise en œuvre tient en quelques gestes : pincer le nez, fermer la bouche et souffler doucement comme pour expirer par les narines. L'air, bloqué entre le nez et la bouche, remonte par les trompes d'Eustache et entre dans l'oreille moyenne. Un petit « clic » indique que l'oreille est équilibrée.
C'est la méthode enseignée dans la plupart des cours, du baptême au niveau 1 comme dans le cursus PADI Open Water ou SSI Scuba Diver. Son défaut tient à l'effort : souffler trop fort fait monter la pression dans la poitrine et peut, en cas de blocage, pousser l'air contre une trompe bloquée. Il faut donc souffler doucement, jamais comme pour gonfler un ballon.
La manœuvre de Frenzel
La manœuvre de Frenzel, mise au point par le médecin allemand Hermann Frenzel pour les pilotes, n'utilise pas les poumons. Narines bouchées, lèvres closes, on bloque la glotte comme pour retenir sa respiration, puis on pousse la langue vers le haut et l'arrière, comme un coup de piston. Ce mouvement comprime le gaz situé dans l'arrière-gorge et l'envoie vers les trompes. La pression mise en jeu est plus faible, ce qui la rend plus douce pour le tympan. C'est la méthode favorite des apnéistes et des pratiquants de chasse sous-marine, qui descendent tête en bas avec peu d'air disponible.
La manœuvre de Toynbee et les méthodes sans souffle
La manœuvre de Toynbee, décrite par l'otologiste britannique Joseph Toynbee, consiste à avaler, narines bouchées. La déglutition fait travailler les muscles du palais mou qui ouvrent la trompe. D'autres plongeurs y parviennent en bâillant, en bougeant la mâchoire d'avant en arrière, ou en déglutissant simplement : certains ouvrent aussi la trompe par une simple contraction des muscles du palais, sans les doigts. La méthode dite BTV (béance tubaire volontaire) exige un long entraînement, mais elle ne met aucune pression sur l'oreille.
| Manœuvre | Geste | Point fort | Limite |
|---|---|---|---|
| Valsalva | Nez pincé, souffler doucement | Facile à apprendre | Risque si l'on force |
| Frenzel | Glotte fermée, langue en piston | Peu d'effort, adapté à l'apnée | Exige de l'exercice |
| Toynbee | Narines bouchées, avaler | Très doux | Moins efficace en profondeur |
| BTV | Contraction volontaire du palais | Mains libres, sans pression | Long apprentissage |
Comment pratiquer l'équilibrage des oreilles, étape par étape ?
La bonne méthode tient moins au choix de la manœuvre qu'au rythme. Voici l'enchaînement qu'appliquent les moniteurs pour une descente sans douleur :
- Avant la mise à l'eau : faire un ou deux essais doux sur le bateau pour vérifier que l'air passe dans chaque oreille.
- En surface : équilibrer une première fois avant même de dégonfler le gilet, pour prendre un peu d'avance.
- Descendre pieds en bas : la position verticale facilite l'ouverture de la trompe, alors qu'une descente tête en bas la rend plus difficile.
- Égaliser régulièrement, à peu près tous les mètres au début, avant de ressentir le moindre inconfort, puis un peu moins souvent à mesure que la profondeur augmente.
- Suivre un repère : le long d'un bout ou d'une pente, la descente reste lente et contrôlée.
- Au premier inconfort : s'arrêter, remonter un peu, recommencer en restant détendu. Ne jamais continuer la descente avec une oreille qui tire.
Le masque joue aussi un rôle : il doit laisser les narines accessibles pour les boucher avec les doigts. Les plongeurs équipés d'un masque plein visage utilisent un bloc nez intégré. Un masque ou une combinaison trop serrés peuvent compliquer le geste, et une mauvaise position de la tête aussi : lever légèrement le menton étire le cou et aide la trompe à s'ouvrir.
Ces exercices s'entraînent à terre, plusieurs fois par jour dans la semaine qui précède un voyage. Un plongeur qui sent le clic de chaque côté sans effort sur le canapé aura beaucoup moins de mal à 5 m, et un moniteur de centre de plongée peut guider ces exercices.
Pourquoi mes oreilles ne s'équilibrent pas ?
Quand l'air ne passe pas, la cause la plus fréquente est une trompe d'Eustache enflammée. Un rhume, une allergie ou une sinusite épaississent la muqueuse du nez et de la gorge, et la trompe reste fermée même en soufflant. Avec un nez congestionné ou des sinus encombrés, mieux vaut s'abstenir : les décongestionnants masquent le problème et leur effet peut cesser en profondeur.
La deuxième cause est un retard. Si le plongeur attend la douleur pour réagir, la différence de pression est déjà trop grande : la trompe est plaquée et aucune manœuvre ne l'ouvre plus. Il faut alors remonter pour réduire l'écart, puis reprendre la descente plus lentement.
D'autres facteurs jouent : une anatomie particulière, une déviation de la cloison nasale, des cicatrices d'anciennes otites, ou la fatigue. Si le problème revient plonge après plonge, un avis ORL s'impose. Le certificat médical sert justement à repérer ces contre-indications.
Quels sont les risques de ne pas équilibrer ses oreilles ?
Le principal risque est le barotraumatisme de l'oreille, aussi appelé otite barotraumatique. Faute de compensation, le tympan se tend, les petits vaisseaux de l'oreille moyenne se rompent et la cavité se remplit de liquide ou de sang. Le plongeur ressent une douleur vive, une sensation d'oreille pleine et parfois une perte auditive temporaire.
Si la descente continue malgré tout, la perforation du tympan devient possible. Le liquide froid entre alors dans l'oreille moyenne, ce qui provoque souvent un vertige brutal, dangereux sous l'eau. Le cas le plus grave touche l'oreille interne : un barotraumatisme de l'oreille interne, souvent lié à une manœuvre de Valsalva trop forcée, peut laisser des séquelles durables sur l'audition et l'équilibre. Selon le Divers Alert Network (DAN), cette blessure des tissus de l'oreille est l'accident le plus fréquent chez les plongeurs. Il se distingue d'un accident de décompression, qui relève d'un autre mécanisme, mais les deux justifient un avis médical rapide.
Il existe aussi un blocage inverse, à la remontée cette fois : l'air contenu dans l'oreille se dilate et ne s'échappe pas. La pression dans l'oreille devient supérieure à celle de l'eau. Le remède est de ralentir, de redescendre un peu et de laisser l'air sortir, sans jamais tenter de Valsalva en remontant. Remonter lentement et tenir un palier de décompression bien tenu aide aussi les oreilles.
Quand doit-on équilibrer ses oreilles ?
Le bon moment pour compenser : avant d'en avoir besoin. Le plongeur compense en surface, puis à chaque mètre au début, et chaque fois qu'il change de profondeur vers le bas, y compris en cours de plongée lorsqu'il redescend le long d'un tombant. Inutile d'égaliser en remontant : le gaz s'échappe seul par la trompe.
Les formations PADI Advanced Open Water ou les niveaux 2 de la fédération insistent sur ce réflexe, car les plongées plus profondes multiplient les changements de niveau. Pour lever l'incertitude sur la prise en charge d'un problème ORL lié à la plongée à l'étranger, il vaut mieux vérifier ce que couvre une assurance plongée avant le départ.
Comment éviter la douleur aux oreilles en plongée ?
La douleur est un signal d'alarme, pas un obstacle à franchir. Pour l'éviter, quelques conseils simples font la différence : descendre lentement, garder la tête en haut, compenser avant la gêne, ne pas plonger enrhumé, bien s'hydrater et ne pas mâcher de chewing-gum en immersion. Après la plongée, rincer le conduit auditif à l'eau douce limite les otites externes, fréquentes pendant un voyage en croisière. Le meilleur moyen reste l'anticipation, plongée après plongée.
Enfin, une oreille douloureuse le lendemain ou une audition diminuée doivent pousser à consulter avant de replonger. Un tympan abîmé exige généralement plusieurs semaines de repos avant la remise à l'eau, sur avis d'un professionnel de santé.
Souffle, rhume et remontée : équilibrer sans se blesser
- Faut-il souffler fort pour équilibrer ses oreilles ?
- Il faut souffler doucement : un effort léger suffit à ouvrir la trompe, et forcer expose l'oreille interne à un barotraumatisme.
- Peut-on plonger avec un rhume ?
- C'est déconseillé : la muqueuse enflée bloque la trompe d'Eustache et rend la compensation difficile ou impossible.
- Faut-il équilibrer ses oreilles à la remontée ?
- Non, l'air se dilate et sort seul ; en cas de gêne, il faut ralentir et redescendre légèrement.